Mon aventure journalistique liée à
« Un Siècle de Grands Pilotes français »
Un seul livre, Un Siècle de Grands Pilotes français, m’a contraint, pour établir les biographies des 100 pilotes étudiés, à endosser pleinement le rôle d'un journaliste.
J’ai alors rencontré la plupart des pilotes, ou à défaut leur veuve, leurs descendants, parents ou amis. Pour cela, j’ai beaucoup voyagé, allant jusqu’aux USA pour m’entretenir avec René Dreyfus (vainqueur, entre autre, du GP Monaco 1930 sur Bugatti)…
et Henri Greder (brillant pilote de rallye et de circuit) qui m’hébergea à New York durant 10 jours.
Avec Henri, Luigi Chinetti Junior (fils de l’importateur Ferrari aux USA vainqueur des 24h du Mans 1949) et Jacques Vaucher (antiquaire spécialiste d’automobilia à New York), j’ai connu une folle soirée. Après une dégustation de bières dans un bar animé par un groupe « Country », l’ambiance a soudainement dégénéré lorsque Luigi, assis en passager à l’avant, a décapsulé, pendant que nous roulions, l’extincteur à poudre placé sous son siège et a pulvérisé la poudre, d’abord sur Jacques qui conduisait, puis sur Henri et moi. Placé dans son dos, il eut du mal à m’atteindre. D’où brutal freinage en plein milieu d’un grand boulevard (désertique à cette heure tardive) envahi par de nombreuses fumées de vapeur s’échappant de plaques d’égout, puis course poursuite à pieds pour fuir Luigi toujours armé de son extincteur : un moment surréaliste !
Toujours grâce à ce livre, j’ai eu la chance et l’honneur de rencontrer les veuves de deux grands pilotes d’entre les deux guerres (José Scaron, Jules Goux), les enfants, très âgés bien sûr (Louis Wagner, Victor Hémery) ou le petit-fils (Fernand Gabriel) de grands pilotes d’avant la guerre de 1914-1918.
Fernand Gabriel (vainqueur de la terrible course Paris - Madrid en 1903) était le seul pilote des 100 sélectionnés pour mon livre dont je n’avais pas trouvé les dates de naissance et de décès en dépit de recherches très poussées (même dans le monde du cyclisme où il avait été un grand champion), au point que j’avais renoncé.
Et voilà qu’un article paru en 1991 dans LVA (La Vie de L’Auto) annonçant la préparation de mon livre déclenche un (UN seul) appel téléphonique. Un monsieur me demande si dans mon ouvrage on trouvera… Fernand Gabriel, son grand père. Incroyable. Je n’en revenais pas. Il m’apprend que son fils Marcel (né en 1908) vit dans la Sarthe. Hélas, peu de temps après, il décédait. Je n’ai pas eu le temps de le rencontrer, mais j’avais les renseignements manquants et de précieux détails intimes.
Une autre drôle d’aventure vécue concerne la fantasque Camille du Gast, la première femme pilote automobile d’une grande course (Paris - Berlin 1901). Là aussi, je n’avais pas les dates de naissance et décès (c’était avant celles de Fernand Gabriel). Mes recherches m’apprirent qu’elle avait été Présidente de la SPA. Venu à Paris voir la Direction, je suis reparti avec l’adresse d’une parente, elle-même cadre de la SPA. La surprise qui m’attendait, fort étonnante et peu agréable, se révèle dès l’ouverture de la porte de l’appartement par la vision d’une vingtaine de chats sur les deux bahuts du hall d’entrée et au sol, tous me regardant fixement et par l’odeur insupportable. Déstabilisé et mal à l’aise, je suis reçu par une gentille dame dans la seule pièce, me dit elle, où les chats n’ont pas accès (mais l’odeur, bien qu’atténuée, était toujours bien présente). La rencontre sera très enrichissante au point même d’avoir le loisir de lire l’édifiant testament de Camille du Gast.
Cet ouvrage m’a entraîné pendant six ans dans de nombreuses passionnantes aventures qui mériteraient presque d’écrire un livre sur le livre.