Éditions Maurice LOUCHE

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Carnet de route

Michèle Mouton

De par leur très remarquable carrière, leur belle personnalité et surtout de par leur côté sympathique, avenant et accessible, j'ai toujours eu un «  faible  » pour trois pilotes… que j'ai eu la chance de bien connaître et… fréquenter : (par ordre alphabétique), Michèle Mouton, Jean Ragnotti, Jean-Luc Thérier, trois champions exceptionnels.

Michèle Mouton, vice-Championne du Monde des Rallyes à une époque où la concurrence est très, très relevée avec Walter Röhl, Hannu Mikkola, Timo Salonen, Markku Alen, Ari Vatanen, Henri Toivonen, Stig Blomqvist, Attilio Bettega... plus quelques Français dont Jean Ragnotti et Jean-Luc Thérier (qui, tous deux, allient le don du pilotage, la fantaisie, la gentillesse et la simplicité).

La chance a voulu que je vive une belle petite aventure sportive avec Michèle Mouton à l'époque où j'avais une Alpine (rouge d'origine) A110 1600 SC groupe 3 client et où mon ami Hervé Charbonneaux était l'organisateur du Rallye des 10 000 Virages en Corse.
Le deal était : je trouve un rallyman de notoriété pour piloter mon Alpine et Hervé l'invite. C'était pour lui une belle publicité pour son épreuve.
J'ai alors tenté de réaliser un rêve, participer avec Michèle Mouton.

Après un agréable échange de courrier qui aboutit à son accord en fonction de sa disponibilité, je suis allé la chercher en Alpine à l'aéroport d'Ajaccio, pas peu fier !
Premier contact : dès mon premier «  Bonjour Madame  », elle me répondit  : «  je m'appelle Michèle et on se tutoie  ». Le ton était donné, même peut-être imposé !
Ce fut difficile de m'adresser à elle ainsi. Le vouvoiement résista… jusqu'au premier dîner.

Maurice Louche et Michèle Mouton
Maurice Louche et Michèle Mouton.

Aussitôt la prise en mains de ma voiture, Michèle, oui Michèle donc, me dit  : le train arrière est faussé (de retour du rallye ce me fut confirmé par mon mécanicien spécialiste Alpine).
Ce n'est pas pour cela que, tout en respectant la voiture, elle ne «  joua  » pas un peu avec. Pour elle, «  jouer  » était certainement rouler à 60  % de ses capacités. C'est ainsi que lors de la montée (certainement tranquille pour elle mais «  intéressante  » pour moi) d'un col après un fort orage, où j'aperçus une coulée de boue dans un virage à gauche (le côté où en appui la voiture se dérobait facilement), Michèle, qui l'avait certainement vue, ne leva pas pour autant le pied. Et nous partîmes dans un beau travers. Avec facilité elle rattrapa l'Alpine naturellement et nous continuâmes l'ascension au même rythme soutenu.

Lors de la halte au sommet du col, un concurrent suisse qui nous suivait depuis le début du col avec sa Lancia 037 vint nous voir et remercia vivement Michèle pour la belle et longue leçon de pilotage.
Une autre fois, dans une enfilade de «  pif-paf  » sur une route étroite entre un muret et des rochers, je constatai que, petit à petit, le rythme augmentait sérieusement. Assurément elle se prenait au jeu par plaisir. À un moment elle s'en rendit compte et me demanda alors si j'avais peur. Je répondis par la négative en lui suggérant, si elle le voulait bien, de me montrer ce que ce pourrait être en course. Aussitôt le rythme devint plus violent. J'avais l'impression que les rochers me sautaient au visage. Puis elle leva le pied en souriant. Je suis sûr qu'elle s'arrêta à 70/75  % de ce qu'elle pouvait faire. Quelle belle expérience !

Michèle Mouton en pleine action
Michèle Mouton en pleine action.

À la vue de ce que je venais de vivre avec ma voiture de 150/160 ch, je me demandai (et je le lui demanda) comment pouvait-on alors maîtriser des voitures de 400/500 ch (Audi Quattro ou Peugeot T16) sur de pareilles petites routes. Tu vois, me dit-elle, ici (nous étions sur une route étroite et bombée et toute bosselée) on passait entre 150 et 160 km/h (nous étions à 90 km/h et cela me semblait aller déjà très vite), la voiture sautait d'une bosse à l'autre, on ne touchait presque pas la route, on volait presque.
Chapeau bas, les Rallymen et… Rallywomen  !

Un autre jour, un midi, lors d'une halte pour déjeuner, un Corse, qui l'avait connue du temps où elle venait reconnaître les spéciales en vue du Tour de Corse, vint la saluer. Au cours de leur conversation, il demanda à voir notre voiture puis où nous allions. Sur ce, il nous quitta.
Une dizaines de minutes plus tard nous reprîmes la route. Quelques kilomètres plus loin, dans la traversée d'un petit village, debout sur un muret à gauche de la route nous aperçûmes notre Corse qui, apparemment, nous attendait. À la vue de notre voiture, il fit signe de ralentir et montra la petite route derrière lui que nous devions prendre, une route difficilement repérable dans cette ligne droite où l'on avait tendance à aller tout droit.
La générosité et l'amabilité corses s'étaient manifestées.
Nous apprîmes le soir que de très nombreux participants avaient «  tiré droit  » à cet endroit et s'étaient ensuite égarés.

Michèle Mouton et moi en compagnie de notre « sauveur » corse
Michèle Mouton et moi en compagnie de notre «  sauveur  » corse.

Ces cinq jours avec Michèle resteront l'un des meilleurs souvenirs de ma vie de passionné de l'histoire du Sport automobile.

À suivre  : quelques souvenirs avec Jean Ragnotti et Jean-Luc Thérier.

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