Rallye Monte-Carlo Historique 2006 (première partie)
En 2006, l'aventure est nettement plus rocambolesque.
Avec Pierre Bos et sa Cortina Lotus nous partons de Barcelone dans l'après-midi en compagnie de 45 autres équipages dont une majorité d'Espagnols.
Dans les Pyrénées, alors au volant, je suis intrigué par la brillance de la chaussée jusqu'au moment où, à un rond-point alors que je roule sans excès, je pars en travers… et je comprends aussitôt : brillance = verglas. Il fait très froid et le ciel est menaçant. Lors du franchissement de nuit des Pyrénées, les premiers flocons de neige font leur apparition.
Leur chute s'intensifie sérieusement au point que la couche de neige augmente très rapidement. Au petit matin, nous arrivons enfin (avec beaucoup de difficulté) au contrôle de passage de Millau. La couche de neige atteint alors 15 à 20 cm. C'est l'affolement au contrôle. Les responsables de l'organisation attendent les consignes de la Direction course. Petit à petit des concurrents arrivent. Tous ont connu des galères. Et la neige continue de tomber drue. Cela devient inquiétant.
L'épaisseur atteint désormais 20 à 25 cm. Enfin nous obtenons l'autorisation de partir. Mais c'est la grande pagaille dans Millau : des voitures sont immobilisées dans tous les sens. Chacun tente sa chance pour sortir de la nasse, soit individuellement, soit en groupe. Nous décidons de mettre les chaînes aux roues arrière. Allongé dans la neige, Pierre s'active, très gêné par la couche de neige compacte accumulée sous les ailes et le châssis. Et il neige, il neige, il neige. On ne distingue plus les reliefs : routes, caniveaux, trottoirs… tout est uniformément blanc.
Nous roulons doucement jusqu'au moment où se manifeste un drôle de bruit à l'arrière. On s'aperçoit avec consternation qu'une des chaînes, certainement mal fixée, s'est enroulée autour de l'arbre de roue et du pont. Après un quart d'heure de travail sous la voiture dans la neige, nous repartons. La couche de neige est si importante (30 cm) que la voiture fait chasse-neige, si bien que la neige bouche la calandre, la traverse et vient bloquer le ventilateur (dont le moteur grille).
Il neige, il neige toujours. Après plusieurs tentatives infructueuses pour sortir de la ville, la plupart des concurrents renoncent. Pierre, qui a fait trois fois le Paris-Dakar, sent le danger et décide alors de faire demi-tour pour vite chercher un hôtel car il pense qu'ils vont être pris d'assaut par les concurrents, les représentants de commerce, les touristes… Avec chance il trouve une chambre qui… servira à accueillir deux équipages amis « à la rue », bien heureux de dormir à même le sol.
On a abandonné la voiture dans rue.
Durant toute la nuit, la tempête de neige ne faiblit pas : c'est apocalyptique. Le lendemain, nous avons du mal à retrouver notre voiture. On ne voit que des bosses informes. La couche de neige atteint 50 à 60 cm (nous apprendrons par la suite qu'il n'avait pas neigé autant depuis plusieurs décennies). Après l'avoir localisée et dégagée, nous allons à pied au poste de contrôle pour prendre les consignes. L'affolement règne toujours.
Normalement, nous devrions être tous mis hors-course, mais la direction monégasque hésite à appliquer le règlement car 45 équipages (environ) seraient ainsi éliminés, dont quasiment l'ensemble des Espagnols. La décision tombe : nous écopons tous d'une très importante pénalité mais nous pouvons repartir pour rejoindre le rallye à Valence. Seulement, toutes les routes sortant de Millau sont impraticables (des bulldozers et des chasse-neige ont même été bloqués). On attend jusqu'au moment où les officiels nous annoncent que seule une route, celle allant vers le sud, est ouverte. Et nous voilà partis (sans ventilateur) vers Montpellier pour aller à… Valence.
En cours de route, je téléphone à mon électricien auto de Cavaillon (puisqu'on y passe) qui accepte, bien que ce soit dimanche, de nous dépanner. C'est ce qu'il fait en découpant la calandre de la Cortina Lotus pour y souder le carénage, avec son ventilateur, d'une Renault 5 puis en tirant un fil électrique avec un interrupteur fixé au tableau de bord. On atteint enfin Valence en début d'après-midi. Contrôle, sandwiches et on repart pour Gap… avec une belle provision de pénalités.
Nous ne savions pas alors que de nouvelles très désagréables aventures nous attendaient. La galère allait recommencer.
(la suite dans un prochain article)